Université de Bordeaux - Unité Mixte de Formation Continue en Santé



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Base d'informations et de formation sur le SARS-CoV-2 (Covid-19) à destination des professionnels de santé, enseignants et étudiants en santé

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Nous vous proposerons régulièrement sur cette page un éditorial de l'UMFCS, qui sera ensuite archivé dans la sous-rubrique Éditoriaux de l'UMFCS.

La biologie médicale libérale face au défi Covid-19

Dr Jean-Philippe Galhaud
Directeur des affaires médicales
Biologie Médicale, Groupe LABEXA

A l’occasion de l’épidémie de COVID-19, les laboratoires de Biologie Médicale se sont retrouvés propulsés en première ligne dans la gestion d’une crise sanitaire sans précédent.

Dès le début de la crise les différents acteurs de la Biologie Médicale se sont mobilisés pour permettre de d’identifier au plus vite les patients atteints de COVID-19. Grâce à son réseau de plus de 4000 laboratoires de proximité, la biologie libérale a ainsi eu l’occasion de prouver son rôle clé dans la chaine de soin et s’est engagée sans réserve aux côtés des autorités sanitaires.

Primum non nocere

Le premier appui apporté au système de santé par les biologistes libéraux fut de préserver les conditions de prise en charge des 500 000 patients qui ont chaque jour recourt aux analyses de laboratoires. Même si l’activité médicale générale (hors COVID-19) s’est rapidement réduite, l’absence de mise à disposition d’équipement de protection (EPI) pour les personnels de laboratoire a compliqué l’organisation de la prise en charge.

Contraints de travailler avec des EPI en quantité limitée, sur leurs stocks propres et parfois en utilisant des vieux stocks de l’épidémie de grippe H1N1, les biologistes et les laboratoires se sont donc rapidement organisés.

Afin de protéger les patients et les soignants, il n’était pas envisageable de faire entrer les patients suspects de COVID-19 dans les laboratoires. Les contraintes de distanciation et le manque d’EPI (il a fallu attendre le 18 mars pour que les biologistes médicaux soient intégrés à la distribution des masques du stock d’état) ne permettaient pas d’organiser des circuits dédiés aux patients « cas suspects », possiblement contagieux, alors même que des patients fragiles devaient continuer à effectuer leurs bilans biologiques (suivi de chimiothérapie par exemple).

Les drive Covid-19

Pour permettre aux patients "cas suspects" d’accéder à un prélèvement nasopharyngé dans un environnement sécurisé pour eux ainsi que pour les soignants, les biologistes et ont fait preuve de créativité. Ainsi, les centres de prélèvement COVID-19 en « drive » ont été créés un peu partout en France ; en organisant ces circuits dédiés « COVID-19 », il a donc rapidement été possible de permettre d’organiser les prélèvements nasopharyngés dans un environnement sécurisé.

Le premier centre COVID-19 drive du groupe LABEXA a été ouvert le 20 mars à Pessac ; il a été rapidement suivi par l’ouverture d’autres centres à Agen, Mont-de-Marsan et Anglet. Dans un premier temps, conformément à la doctrine d’état, leur accès a été limité aux patients (souvent des soignants eux aussi) relevant des indications prioritaires définies par les autorités. La difficulté de cette période était d’organiser au mieux la régulation et d’éviter un engorgement des drives. Toute l’organisation était faite en amont. Des biologistes organisaient la régulation, en coordination avec les cellules de régulation des hôpitaux publics (cellule VILLE HOP COVID-19 à Bordeaux, équipe Alerte Infrectiologie à Bayonne etc…).

Désormais, pour faire face à l’élargissement des indications et améliorer les délais de prise en charge, des versions simplifiées de ces drives permettent à la majorité des laboratoires LABEXA (tous ceux ayant un accès avec un parking extérieur) d’accueillir et prélever les patients symptomatiques tout en préservant la sécurité de tous.

Une montée en puissance progressive sur les RT-PCR

Le 6 mars, la HAS remettait son avis sur l’acte de détection du génome du coronavirus SARS-CoV-2 par Rt-PCR ; l’inscription à la NABM (parution au JO le 8 mars) permettait aux laboratoires de Biologie Médicale de réaliser le test RT-PCR SARS-CoV-2 dans un cadre défini.

Alors que cette analyse était quasi inexistante dans les laboratoires français, les autorités françaises affichaient publiquement un objectif de 700 000 tests RT-PCR par semaine !

C’est dire s’il a fallu se retrousser les manches !

Pour les laboratoires privés, tous les défis restaient à relever :

  • S’approvisionner en réactifs (devant être validés par les autorités) utilisables sur les analyseurs de biologie moléculaire déjà présents sur nos plateaux techniques
  • Commander, réceptionner et installer de nouveaux analyseurs pour permettre des productions plus importantes.
  • Former plus de personnel à la réalisation de ces analyses
  • Tout cela dans le respect des règles de l’accréditation selon la norme ISO EN NF 15189

Dans un contexte de désorganisation internationale, subissant souvent des ruptures des chaines d’approvisionnement habituelles et dépendants en général de fournisseurs internationaux, les laboratoires privés français ont dû se battre au quotidien pour obtenir les équipements et les réactifs commandés…

A ce jour, même si la plupart des laboratoires sont équipés, tous n’ont pas une capacité de production suffisante pour satisfaire la totalité des demandes dans le délai de rendu de résultat de 24h nécessaire pour éviter la diffusion épidémique. La solidarité et les partenariats entre les différents acteurs (publics/privés, privés/privés ou publics/publics) entre alors en jeu en permettant alors d’allier maillage territorial et capacité de production suffisante.

Réussir le déconfinement

11 Mai 2020… Après 56 jours de confinement, c’est l’heure du déconfinement !

En réalité, il serait plus juste d’écrire : « 11 Mai 2020, changement des règles de confinement ». Comme chacun l’aura remarqué, nous sommes encore loin d’un retour à la normale…

Néanmoins, pour les laboratoires de Biologie Médicale privés, cette date marque un changement important. Le confinement ayant fait son œuvre et l’épidémie ayant été contenue, il faut désormais permettre à chacun de retourner à ses activités tout en restant particulièrement vigilant sur l’apparition d’éventuels foyers épidémiques. Le respect des gestes barrières reste la base du programme de déconfinement. Pour être réussi, il est indispensable de circonscrire les nouveaux cas au plus vite. C’est pourquoi, la nouvelle stratégie du gouvernement est désormais de permettre à toutes les personnes symptomatiques d’avoir accès dans les meilleurs délais à un prélèvement nasopharyngé et à un test Rt-PCR. Désormais, en coordination avec les services publics et les autorités sanitaires, l’offre de service des laboratoires d’analyses doit permettre d’accéder rapidement à un prélèvement nasopharyngé dont le résultat devra être rendu dans les 24h et ce 7j/7…

Un véritable défi pour la plupart des laboratoires privés.

L’afflux des patients pour les demandes de tests COVID conjugué à la reprise progressive des activités de soins « ordinaires » entraine un surcroit d’activité important dans les laboratoires. Les biologistes et leurs équipes, déjà fatiguées par 2 mois d’adaptation à des nouvelles méthodes de travail (nouvelles règles d’hygiène, désinfection renforcée, respect de la distanciation) et par le stress lié au risque de contamination (maitrisé, mais omniprésent), doivent pourtant trouver les moyens de répondre à toutes les attentes.

Il n’est pas rare que les plateaux techniques se mettent à travailler 24h/24 et 7j/7. Des renforts en personnel sont parfois nécessaires, ils nécessitent alors une formation adaptée.

Ne pas relâcher les efforts

A cette heure, il est encore trop tôt pour tirer un bilan définitif sur cette crise exceptionnelle. Il est probable qu’elle remettra en question certains point de l’organisation de la santé dans de nombreux pays.

Pour la biologie médicale libérale française, et malgré les difficultés rencontrées, ce fût l’occasion de démontrer une grande flexibilité et une grande capacité d’adaptation.

Pour le grand public et les autorités sanitaires ce fut l’occasion de (re)découvrir l’importance de ce secteur de la médecine souvent méconnu malgré le fait que les analyses de laboratoires soient utilisées pour plus de 70 % des décisions thérapeutiques.

De nombreux partenariats, avec les fournisseurs, l’hôpital public, les autorités régionales, les pouvoirs politiques (préfectures, mairies) ont été développés pour permettre une prise en charge coordonnée et de qualité malgré l’urgence de la situation.

Et comme l’écrivait Martin Luther King sur un tout autre sujet : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. »

C’est bien tous ensemble que nous gagnerons la lutte contre cette pandémie !